« Je suis née en 1993 à Shuja’iyya, un quartier historique situé à l’est de la ville de Gaza. La maison de mon enfance a été bombardée pendant la guerre de 2014 et je suis restée ensevelie sous les décombres pendant huit jours. J’ai ensuite suivi des études de travail social et j’ai fait du bénévolat auprès du Croissant-Rouge et de diverses organisations de jeunesse à Gaza. Je suis devenue militante pour la paix en 2015 et j’ai rejoint Women Wage Peace, où j’ai pu nouer des liens avec des militantes israéliennes, dont la regrettée Vivian Silver.
En janvier 2019, j’ai été invitée à participer à un programme de consolidation de la paix avec elles. Nous devions nous retrouver pendant une semaine seulement, mais le sixième jour, ma famille m’a appelée. Des années plus tôt, en 2007, mon frère avait été tué par le Hamas. Le Hamas était venu poser des questions sur mes rencontres avec des Israéliens. Mes parents m’ont dit de ne pas revenir. « On ne peut pas te perdre toi aussi », m’ont-ils dit.
Je me suis donc installée à Ramallah et je ne suis jamais retournée à Gaza. Ce fut le début d’un flou administratif : pour les Gazaouis, le transfert de résidence vers la Cisjordanie est possible, mais il implique de nombreuses démarches bureaucratiques entre l’Autorité palestinienne, l’administration militaire israélienne et le ministère israélien de l’Intérieur. J’ai entamé cette démarche dès mon arrivée en 2019, et j’attends toujours aujourd’hui.
Entre-temps, je me suis inscrite à l’université Al-Quds. En 2021, je suis tombée amoureuse d’un homme originaire de Bethléem, que j’ai épousé ; nous nous sommes installés ensemble là-bas et avons fondé une famille.
Lorsqu’un nouveau poste de contrôle a été mis en place entre Bethléem et mon campus, j’ai dû interrompre mes études car je ne pouvais pas prendre le risque d’être interpellée sans documents en règle. Mes enfants et moi aurions pu être renvoyés de force à Gaza, où nos vies mêmes sont en danger. Pourtant, je continuais à croire en la paix et au dialogue, et j’ai rejoint l’association « Combattants pour la paix », où je travaille à l’autonomisation de la jeunesse palestinienne.
Lorsque le 7 octobre 2023 est arrivé, j’ai immédiatement eu peur pour ma famille restée à Gaza. J’étais la seule à avoir quitté la bande de Gaza, laissant derrière moi 62 proches : mes parents, mes frères, mes sœurs, ainsi que leurs conjoints et leurs enfants. J’ai perdu ma mère lorsqu’un drone de tir de précision israélien l’a abattue alors qu’elle fuyait une école où elle s’était réfugiée. Ma nièce et mon neveu ont également été tués par un char israélien. D’autres membres de ma famille ont été blessés lors d’un bombardement de l’hôpital baptiste et certains d’entre eux ont dû subir l’amputation de membres sans anesthésie ni médicaments appropriés. Mon frère Sa’eed a été blessé dans le dos par des éclats d’obus, ce qui l’a rendu incapable de bouger. J’ai essayé de les aider autant que possible, en leur envoyant de l’argent pour les aider à survivre, mais les ravages qui se sont abattus sur ma famille, ainsi que sur chaque habitant de la bande de Gaza, sont irréparables. Gaza, le lieu où je suis née, a été transformée en ruines et en chagrin.
Aujourd’hui, je continue à travailler avec de jeunes Palestinien·nes pour leur montrer qu’une autre voie est possible. Malgré tout, je veux contribuer à construire un avenir meilleur pour eux, pour ma famille à Gaza et pour mes enfants. »
Une procédure administrative sans fin
Pour les Palestiniens de Gaza, le transfert de résidence en Cisjordanie est possible, mais il implique de nombreuses étapes administratives entre l’Autorité palestinienne, l’administration militaire israélienne et le ministère israélien de l’Intérieur. Fatima a entamé cette procédure en 2019. Elle attend toujours.
Entre-temps, elle s’est construit une vie. Elle s’est inscrite à l’université Al-Quds. Elle est tombée amoureuse et a épousé un homme de Bethléem en novembre 2021. Elle est devenue mère à deux reprises, et attend son troisième enfant.
Mais cette situation administrative incertaine n’a jamais été résolue. Et l’étau continuait de se resserrer.
Après que son mariage l’eut amenée à vivre à Bethléem, Fatima n’a plus jamais quitté la ville. Ses études universitaires ont pris fin à cause d’un important poste de contrôle situé entre Bethléem et son campus. Franchir ne serait-ce qu’un seul poste de contrôle était trop dangereux. Chaque poste de contrôle représente un risque : si elle était arrêtée sans les documents requis, elle risquait d’être interpellée et renvoyée de force à Gaza, une perspective qui équivaut désormais à une condamnation à mort.
Aidez Fatima, militante pour la paix, et ses enfants à sortir d’une situation d’incertitude qui met leur vie en danger







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